21 août 2003

Article de Fabrice Connen © - topkarting
Photos: Jean Claude Constans ©

fconnen@topkarting.fr

JEUNES: QUEL APPRENTISSAGE ?

Place aux jeunes dans cet article. Facilement tentés par l'aventure du karting, les tout-jeunes restent en général plus hermétiques à l'aspect technique de notre sport. Témoignages à l'appui, nous avons essayé d'en savoir plus sur le développement et l'apprentissage de ce sens technique qui leur permettra de faire la différence dans le milieu technologique des sports mécaniques.

Si les écoles de pilotage permettent aux jeunes à partir de 12, voire 10 ans de découvrir les joies du pilotage d'un kart à travers ses différentes règles: freinage, accélération, trajectoire, contrôle des commandes, force est de constater qu'il n'y a pas d'école de "mise au point". Pourtant s'il est un paramètre dont on entend souvent parler dans les paddocks, du kart à la Formule 1, c'est bien celui des réglages et de la qualité des pilotes en ce domaine. "Ha oui, Machin il va vite sur un tour, mais il est incapable de régler son châssis, il ne sera jamais un champion", ou encore: "on était bien aux essais, mais on n'avait pas les bons réglages pour la course". Ça c'est du vécu, alors pour éviter ce genre de rengaines, rien de tel que de préparer et d'aider son rejeton à cogiter sur ce qui se passe un tout petit peu plus loin que le bout de son volant.

A l'écoute du matériel
La pratique du karting, pour un tout-jeune, représente avant tout un jeu, et c'est très bien ainsi. La notion de plaisir est importante, sinon à quoi bon ? Elle s'exprime à travers la découverte du pilotage sur un kart de location, ou alors de compétition amicales type 4 temps loisirs où l'adolescent pourra même faire équipe avec papa. Pour les plus petits, les premières sensations se ressentirons au volant d'un Baby ou Mini kart. Passé le stade de découverte, l'enfant sera vite confronté à la compétition: compétition avec son petit camarade de stand, ou avec son propre chronomètre tenu par papa ou fixé à même le kart (ex: système Alfano). La sanction chronométrique est à double tranchant: elle est positive dans le sens où elle permettra au jeune de suivre ses progrès au volant, elle peut être négative lorsque le pilote focalise son attention sur lui. Une fois les rudiments du pilotage assimilés, l'apprenti n'aura qu'une chose en tête, améliorer son chrono et battre les petits copains: c'est bien, mais il faudra alors lui faire comprendre que tourner en rond le nez dans le volant pendant des heures a ses limites. C'est là que le rôle formateur du parent ou de l'accompagnateur, professionnel ou non, intervient. A ce stade de son expérience, il faut l'inciter à évoluer en étant à l'écoute de son matériel.
De prime abord, il est évident que l'enfant n'aura pas grand chose à vous dire côté sensation, c'est normal, il n'a aucun repère. Questionnez-le attentivement à chaque descente de kart: "Comment ça va, est-ce que tu as l'impression que ça fait, ci ou ça. Le retour d'infos sera évidemment faible, mais le pilote s'habituera à cet échange et se concentrera plus sur ses sensations à bord. Pour lui c'est une véritable nouvelle culture à apprendre.
Une telle évolution nécessite un certain temps, ne serait-ce que pour faire ressentir au jeune les différents comportements de son matériel sous la forme d'essais et de contre essais. Ces tests lui permettront de confronter ses sensations, et d'enrichir son expérience par rapport à une base de réglage connue. Son avis sera recueilli après chaque essai de modifications. Si l'ambition des parents et du jeune sont de parvenir au top de notre sport et même au-delà, cet effort intellectuel est nécessaire afin de la préparer au haut niveau. Arrivé à ce stade, il sera alors trop tard pour chercher à acquérir ces bases et ces habitudes d'échanges et de réflexions: le pilote qui n'aura pas travaillé cette capacité d'analyse ne saura alors qu'exploiter le matériel qu'il aura entre las mains, sans être capable de guider ses techniciens et encore moins de l'adapter au mieux à telles ou telles conditions.

Impliquer l'apprenti pilote
En parallèle à ce développement du feeling du pilote, on pourra également lui donner une part plus active dans la mise au point de sa machine. Certains parents ou accompagnateurs vont même jusqu'à inventer certaines méthodes barbares: dérégler volontairement le carburateur pour habituer le néophyte à régler ses vis jusqu'à parvenir à un réglage de carburation optimal. Cela peut prendre un temps certain, mais quand on sait qu'en Formule A 1/12e de tour de vis fait varier la puissance de plus ou moins un cheval, et que le moindre centième de seconde compte à ce niveau ... Même pratiques pour la partie roulante, avec la bonne vieille ruse du châssis déréglé pour voir un peu ce que va en penser le pilote. Les plus prestigieuses écuries automobiles travaillent elles aussi de la sorte pour jauger les qualités de leurs "champion" !
La progression du futur "Professeur" passera également par son implication permanente sur la mise au point de sa machine. Chacun de ses avis sera pris en compte, mais chacune des modifications lui seront expliquées. Ainsi informé, le pilote s'intéressera tout naturellement à l'évolution technique de son kart. Attention tout de même de ne pas chercher à en faire un ingénieur avant l'heure, il faut lui laisser des plages horaires d'amusement lors de week-ends d'essais ou de course. Vélos, patinettes, ça ils savent faire, le tout étant de faire passer le message qu'il y a un temps pour tout, on ne peut pas toujours jouer si l'on veut être performant. De même manière, on pourra inciter un tant soit peu notre 'jeunot" à jouer de la clef de 12 (attention au dégâts !), mais un minimum de pratique mécanique lui permettra de mieux comprendre le fonctionnement de son kart, et de mieux s'intégrer au sein de l'équipe sui l'entoure. "Motivé, motivé" qu'ils disaient ... c'est ça l'école des Champions !

Fabrice Connen